| Liège : Hôtel de Soër de Solières
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Histoire du bâtiment
Sauvetage d'un magnifique immeuble Renaissance
L'hôtel de Soër de Solières - du nom de la dernière famille qui l'a occupé - a été bâti par un haut dignitaire ecclésiastique de la Principauté de Liège : le chanoine Guillaume d'Elderen, président du Conseil privé et de la Chambre des comptes du prince-évêque de Liège. La première institution correspondait - mutatis mutandis - au Conseil des ministres actuel. La seconde était chargée d'administrer les biens de la mense épiscopale, c'est-à-dire de gérer les revenus affectés à l'évêque et non les finances de l'État.
C'est dire que Guillaume d'Elderen n'était pas le premier venu. Le faste de sa demeure évoque, d'ailleurs, la puissance de ce haut dignitaire. Bâtie de 1555 à 1561, durant les règnes de Georges d'Autriche (1544-1556) et de Robert de Berghes (1557-1564), cette vaste construction en " L " est située à mi-pente de la rue Haute Sauvenière où elle jouxtait la petite église paroissiale Saint-Michel, détruite en 1824.
Dominée par l'imposante stature de la collégiale Sainte-Croix, la rue Haute-Sauvenière communiquait, jadis, avec la place aux Chevaux (aujourd'hui place de la République française), simple terre-plein s'épanchant vers les eaux insalubres d'un ancien bras de la Meuse (actuel boulevard de la Sauvenière).
Au départ de la rue Haute-Sauvenière, un étroit boyau - la rue Derrière Saint-Michel - livrait aussi accès à la place Verte (rebaptisée place Maréchal Foch), bordée d'hôtels seigneuriaux et de maisons réservées, à l'origine, aux chanoines de la cathédrale Saint-Lambert. La place Verte communiquait, d'ailleurs, avec l'hypercentre liégeois. À savoir : d'une part, la cathédrale - centre spirituel du diocèse de Liège - ; d'autre part, le palais épiscopal - siège de l'autorité temporelle - ; enfin, un peu plus loin, le Marché - poumon économique de la Cité.
La marque de Lambert Lombard
Comme la plupart des quartiers voisins de cet hypercentre, la paroisse Saint-Michel constituait un endroit aristocratique où les hauts dignitaires, les nobles voire de riches bourgeois possédaient leur propre hôtel, presque tous disparus aujourd'hui. Toutefois, l'hôtel de Soër de Solières jouxte toujours l'hôtel de Bocholtz, une magnifique demeure réaménagée au XVIe siècle, qui allie gothique et Renaissances italienne et mosane.
Restauré de 1966 à 1978, l'hôtel de Bocholtz est lui-même situé à deux pas de l'hôtel Liévin Torrentius (rue Saint-Pierre) rénové, de 1978 à 1981, par l'architecte Charles Vandenhove. La conception de cet ensemble remarquable a pu être attribuée à Lambert Lombard (1505-1566), architecte et peintre attitré d'Érard de la Marck. Durant son long règne (1505-1538), ce prince-évêque d'exception, par ailleurs cardinal, assure le redressement de sa Principauté, frappée au XVe siècle - entre autres drames - par le sac et l'incendie de Liège (1468) puis par une longue guerre civile qui sème la mort et la désolation dans tout le pays mosan.
Homme de génie et de goût, ami des arts et de l'Humanisme, Érard de la Marck va jusqu'à envoyer Lambert Lombard en Italie - nous sommes alors en 1536 - afin que l'artiste acquière les œuvres destinées à décorer son nouveau palais (le palais de justice actuel). Mais Érard meurt en 1538… et ses héritiers se hâtent de vendre le patrimoine artistique rassemblé par Lombard avant même qu'il n'ait le temps de le " rapatrier " dans la Cité ardente.
Rentré à Liège, le protégé d'Érard de la Marck crée dans cette ville une académie de peinture et de gravure qui joue un rôle décisif dans la renaissance artistique au pays de Liège. Le style à l'ancienne et l'ornementation à l'italienne promue par Lambert Lombard touchèrent aussi bien la peinture que l'orfèvrerie religieuse, le mobilier, la décoration et l'architecture. Lombard est l'auteur du portail Renaissance de l'église Saint-Jacques et de l'hôtel Liévin Torrentius dont le décor s'apparente à celui de l'hôtel de Soër de Solières ".
Toutefois, il n'est pas établi que Lambert Lombard soit, effectivement, l'auteur de l'hôtel de Soër de Solières, composition formée de deux corps de bâtiment perpendiculaire et d'une tour placée à la jonction de ceux-ci.
Construite en brique, tuffeau de Maastricht et calcaire, l'ancienne demeure de Guillaume d'Elderen a subi, au cours du temps, diverses altérations bien antérieures à son acquisition, en 1882, par la baronne Adèle Wittert, épouse d'Oscar de Soër de Solières. En outre, en 1919-1920, les rez-de-chaussée ont été défigurés par l'installation de vitrines commerciales. C'est alors qu'ont disparu les jardins et les fontaines de l'hôtel liégeois dont, par contre, les étages ont conservé leur élégance originelle, empreinte de Renaissance italienne.
Retour à la décoration originale
Passé de mains en mains tout au long de son existence, saisi comme Bien national (1794) puis rétrocédé à son propriétaire (1797) et, enfin, affecté à usage commercial, l'hôtel de Soër de Solières est classé comme monument historique en 1963. Cette procédure évite, sans doute, la démolition de l'immeuble dans la foulée des destructions qui, dans les années septante bouleversent radicalement la place Saint-Lambert et ses abords.
Toutefois, un rapport de la Ville de Liège, rédigé au lendemain du tremblement de terre de novembre 1983, souligne l'état lamentable du bâtiment. Acquis par la Communauté française (1985), puis acheté par la Région wallonne, celui-ci est gravement endommagé lors d'un incendie qui, en 1995, détruit notamment la charpente du XVIe siècle de l'aile située rue Haute-Sauvenière.
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